dimanche 22 novembre 2009

Apocalypse : part II

Guillaume franchi la porte de notre logis le souffle court, les joues en feu. Dans son regard on ne peut lire qu'une question désespérée.

-"Ils sont arrivés ?"

J'ai spécialement déplacé le canapé, juste pour pouvoir profiter de son entrée. Je souris d'une manière que j'espère impavide.

-"Accompagnés d'un petit commentaire manuscrit si tu veux savoir. La fac nous gâte."

-"Et alors ?"

Je ne devrais pas jouer ainsi avec les nerfs déjà à vif de mon petit ami. Mais c'est plus fort que moi. Je hausse les épaules.

-"J'ai la mienne… mais vraiment tout juste. Enfin… on s'en doutait un peu, hein !"

Une lueur de déception passe dans ses yeux. Mais il se ressaisit immédiatement.

-"Félicitations, Amour. C'est pas comme si on avait pas bossé pour l'avoir cette spécialisation."

-"Et toi tu as la tienne. Mais haut la main, à la différence de moi. En fait tu as même une proposition de débauchage. Mais il paraît qu'il faut que ça reste discret."

Guillaume bondit sur moi et m'embrasse avec frénésie. C'était prévisible, quand il se sent ainsi valorisé, mon timide amant oublie son habituelle discrétion pour se révéler brillant, mais aussi décomplexé et d'une sensualité torride. Je compte bien en profiter dans quelques instants. J'attrape la bouteille de champagne qui n'attendait que cela pour sortir de derrière le divan et commence à verser le vin dans les verres. Mais ce sont de très loin les yeux de Guillaume qui sont les plus pétillants.

-"Oh Dju, on ne devrait pas ?"

-"On peut bien se permettre un extra. C'est pas comme si j'avais pas vu mon contrat renouvelé."

-"C'est vrai ?" S'enthousiasme mon compagnon en s'emparant de sa coupe. "Alors à la tienne." Poursuit-il en la faisant tinter contre la mienne avant de la descendre cul sec.

Je l'imite.

-"L'été s'annonce bien meilleur que cet hiver. Je te ressers ?"

Mais je lis dans ses yeux qu'il pense déjà à tout autre chose.

Du canapé au lit, il n'y a ici que quelques pas que nous franchissons en balisant le trajet de nos vêtements entortillés. Après ces semaines d'une quasi abstinence imposée par la surcharge de nos emplois du temps, le corps de Guillaume m'apparaît aussi délectable qu'un fruit mûr à un anachorète. J'hésite… j'ai envie de le prendre là, sans préliminaires superflu. Il nous restera encore des heures ensuite pour faire l'amour avec raffinements.

Mais une voix derrière nous m'interrompt dans mon élan.


-"Ah ben tu vois ! Je t'avais dit qu'on aurait du se dépêcher."

Je me retourne. Guillaume se redresse. Une bouteille à la main Sylvain nous observe avec sa moue blasée.

-"Mais comment t'es entré ?"

Il me dévisage une seconde avant de lever les yeux au ciel.

-"Mais réfléchis, banane. Maman m'a obligé à changer de téléphone, mais elle n'imaginait même pas que je pouvais avoir une clé de l'appart de Guillaume."

Je me retourne vers le garçon dont il est question.

-"Tu lui avais filé une clé de chez toi ?"

Mon amoureux sourit d'un air particulièrement niais.

-"Ben… comme à toi." Il quitte le lit et va étreindre notre visiteur avec une tendresse qui me semble maintenant toute naturelle. A moi aussi il a manqué, ce petit con.

-"Je suis tellement content de te voir." Murmure Guillaume.

-"Ah, au fait." Reprend mon frère. "Je vous présente Nathan." Dit-il en désignant un point par dessus son épaule.

Légèrement en retrait dans le living, un autre jeune garçon se tient les mains dans les poches, nous lançant de temps à autre un regard furtif et embarrassé. "Hello." Nous fait-il d'un petit geste de la main. Guillaume me lance un regard désespéré. Il est pivoine. Je me sens rougir également.

-"Putain ! Tu pourrais prévenir quand même."

Je m'emporte, mais Sylvain lance avec désinvolture.

-"T'inquiète, je lui ai déjà parlé de vous tellement souvent que je sais pas s'il imaginait vous trouver autrement. Cela dit." Il lève sa bouteille à hauteur du visage. "On est pas frangins pour rien. J'ai pensé à la même que celle que vous avez déjà entamée. Moi aussi j'ai des choses à fêter."

-"Tu peux fermer la porte et nous laisser le temps de nous rhabiller." Lui demande faiblement mon amant dont les oreilles paraissent sur le point d'éclater.

Notre visiteur s'exécute en riant.

Quand Guillaume nous rejoint après avoir enfilé un nouveau tee-shirt (j'ai envoyé l'autre sous un meuble d'un coup de pied que j'espère discret), nous pouvons nous consacrer à de vraies retrouvailles.

-"Comment tu as fait pour pouvoir venir ?"

Sylvain hausse les épaules.

-"J'ai été proclamé ce matin. J'ai obtenue la plus grande distinction. Les vieux étaient tellement béats qu'ils n'ont pas osé refuser quand je leur ai dit que je sortais fêter ça avec des copains. Et donc," Poursuit-il. "Voilà Nathan. C'est mon copain." Annonce-t-il en insistant sur le pronom possessif. "Et voilà mon frère Julien et son amoureux, Guillaume." Complète-t-il à l'adresse de son boyfriend.

Tout le monde se salue gentiment.

-"Et vous vous êtes rencontrés comment ?" S'enquiert mon amoureux en s'adressant au nouveau qui le dévore de ses yeux verts olivine.

-"Un site de rencontre." Répond-il. "On s'est trouvé un peu con quand on s'est rendu compte qu'on était dans le même bahut. Mais il faut bien avouer que ça facilite les choses."

Guillaume sourit. Sans doute au souvenir de toutes ces choses qui nous étaient si faciles aussi. Mais c'est à mon tour de poser une question.

-"Et les parents ?"

Sylvain intervient, un sourire démoniaque aux lèvres.

-"Dans le cas qui nous occupe, on a plutôt inversé les rôles par rapport à vous. C'est moi qui vais chez Nathan. Sauf que, lui, ses parents sont cools. Je leur ai raconté comment ça s'était passé avec toi et ils nous couvrent Nathan et moi." Il glisse un regard complice à ce dernier qui le lui rend de sous la longue mèche lisse et cuivrée qui lui barre le visage. "De toute façon, tout ce qui intéresse maman, c'est que je ne sois jamais seul avec une garçon quelque part." Et il conclut sur un grand éclat de rire avant de reprendre. "Bon, c'est pas tout ça, mais vous aussi vous avez de la réussite à fêter, non ?"

Il me surprend.

-"Comment tu le sais ?"

Mon frangin hausse une fois de plus les épaules.

-"Papa, évidemment. Tu crois qu'il te laisserait complètement tomber ?"

Un peu troublé par cette réponse, j'interromps Sylvain en attrapant la bouteille de champagne.

-"Et bien buvons à toutes ces bonnes nouvelles."

-"Et soyons sans sagesse." Complète Nathan qui, après avoir dévoré mon petit ami du regard, me dévisage maintenant avec insistance. Je distribue les verres autour de moi et nous restons un instant silencieux, les lèvres dans les bulles.

-"Je suis heureux que tu sois venu." Déclare doucement Guillaume à mon petit frère. "Que vous soyez venu tous les deux. Ca faisait tellement longtemps."

Sylvain prend un air que je lui connais bien.

-"Nathan et moi on avait envie de fêter l'événement de manière spéciale. Et Nathan avait très envie de le faire avec vous." Avoue Sylvain en remplissant les verres d'un air presque détaché.

-"Pardon ?" S'étrangle mon amant qui rougit, à moins que ce ne soit simplement l'effet du champagne.

-"Je lui ai raconté pour nous trois." Explique patiemment son interlocuteur. "C'étaient des chouette moments. J'ai envie de revivre ça et de les partager avec lui."

-"Mais c'est assez intime." Balbutie Guillaume.

-"T'inquiète pas pour ça." Intervient Nathan qui jusqu'ici suivait la scène de dessous sa mèche, un sourire en coin aux lèvres. "Sylvain et moi on a déjà fait nos petites expériences à deux. On a juste envie d'aller un peu plus loin avec des gens qu'on aime bien. Reprend un peu de champ'." Et visiblement satisfait de sa sortie enchaîne sur un tout autre sujet. L'atmosphère se détend et Guillaume sort de sa réserve.


Au bout d'un bon moment, après avoir observé les compagnons, je me penche sur l'épaule de mon amoureux.

-"J'en ai envie aussi."

Un sourire étire ses lèvres.

-"Et bien dans ce cas…"

Et posant sa flute sur la table basse, il s'approche d'un pas sûr de Nathan et l'enlace. Le copain de mon frère répond à l'invitation en approchant son visage et leur baiser est long et profond. Je jette un coup d'œil à Sylvain qui les observe, la mâchoire pendante et la respiration saccadée. La situation l'excite indéniablement. Mais je reporte bientôt mon regard sur les deux jeunes gens dont le baiser fougueux prend des allures de fouille corporelle.

-"Viens." Souffle Guillaume à son partenaire en lui prenant la main. Ils empruntent le chemin de notre chambre. Sylvain et moi les regardons disparaître sans réagir avant que mon frangin m'interpelle en haussant un sourcil.

-"On pourrait peut être les suivre, non ?"

Sur le lit, les deux garçons sont déjà nus, allongés tête bêche, ils se découvrent avec avidité. Je suis frappé par les similitudes de leurs deux corps. Nathan est aussi long et pâle que Guillaume, même si sa peau a un aspect plus diaphane encore et que ses épaules sont constellées de taches de rousseurs, ce sont les mêmes bras élancés qui enlacent, les mêmes jambes fuselées qui s'écartent et invitent, les mêmes doigts fins qui caressent et s'immiscent.

Guillaume semble être déchainé. D'une langue carmine, il explore le cul de son compagnon qui se cambre et mord voluptueusement ses lèvres minces. L'avidité de mon amant me fascine. Je repense aux quelques fois où nous avons échangé nos rôles respectifs avant d'y revenir faute de rencontrer la satisfaction que nous éprouvions habituellement. Guillaume me semblait fait pour s'offrir. Et pourtant c'est avec une grâce conquérante qu'il soumet à ses appétits inédit un Nathan totalement consentant aujourd'hui.

Dans un nouvel élan, Guillaume revient prendre les lèvres son partenaire. Son baiser s'accompagne des caresses intimes qui font geindre Nathan. Jusqu'où mon petit ami ira-t-il ainsi avec ce charmant adolescent déjà conquis ?

Comme les deux garçons reprennent un peu leur souffle, Nathan tourne la tête vers nous.

-"Vous n'allez pas rester habillé comme ça quand même."

Sylvain et moi nous regardons un peu hébétés. Les joues en feu, mon cadet entreprend de se débarrasser de ses vêtements. Il laisse glisser son jeans et son caleçon sur une érection déjà puissante. Mais il semble comme moi intimidé par le spectacle qui se déroule sous nos yeux brillants.

Guillaume a passé le préservatif que Nathan lui présentait et s'est installée entre les cuisses du damoiseau. La pénétration est lente et régulière, ponctuée par les soupirs pâmés de Nathan qui se laisse aller librement au plaisir qu'il prend. Guillaume doit savoir comment posséder un garçon. Il doit être expert dans la connaissance des plaisirs attendus. Pour l'instant, il noie ses yeux dans les étendues vertes de ceux du boyfriend de mon frère.

Je sursaute quand je sens des doigts se poser sur ma bite. Sylvain a tendu le bras et entreprend de me caresser. Nos regards se croisent, un peu flous, un peu hésitants puis mon frangin me désigne son bas ventre d'un mouvement du menton. J'avance ma main vers sa queue. Je ne l'ai jamais touchée auparavant. Elle est extrêmement tendue et vaguement courbée. Nous nous regardons encore un moment avant de détourner à nouveau notre attention sur le couple qui s'ébat à deux pas de nous et continuons à nous masturber. Nathan qui s'est redressé se laisse aller sans retenue et son partenaire tempère la crudité de ses expressions par des baisers humides.

Un liquide épais jailli tout d'un coup entre mes doigts. Je regarde Sylvain qui le visage écarlate jure entre ses dents avant de m'envoyer un regard furibond. Les deux autres n'ont rien remarqué et se sont contentés de s'allonger à nouveau. Les ongles de Nathan griffent la peau Guillaume qui répond par des coups de reins de plus en plus secs. Quand il finit par jouir, un rictus de triomphe se dessine sur le visage empourpré de son partenaire.

Mon amoureux offre sa bouche à la langue qui darde entre les lèvres de Nathan. L'embrassade est longue et se mue tout doucement en un parcours qui conduit Guillaume entre les cuisses de son compagnon. Il se cambre pour rester sur le lit et offre ainsi la vue d'une croupe des plus avenante.

-"Merde, c'est mon tour." S'exclame Sylvain qui s'élance pour goûter au fessier ainsi présenté.

Nathan ouvre un œil et tend le bras dans ma direction. La main ouverte, les doigts légèrement repliés, l'invite est trop tentante alors qu'il me sourit d'un air espiègle. Et je m'avance vers le lit pour prendre cette bouche si finement ciselée qui a déjà goûté aux baisers du garçon que j'aime.

Quelques heures passent ainsi dans une espèce de ballet où les partenaires s'offrent et se dérobent à tour de rôle, tentant toutes les figures que la fantaisie érotique peut inventer, ou presque. Mais pendant tous nos ébats, quelque soit leur rôle ou leur amant, Nathan et Guillaume laisseront se distiller la curieuse alchimie qui s'est nouée entre eux dès le départ, ne se quittant que très rarement du bout des doigts ou du regard. Cette charmante bacchanale prend fin et après un ludique douche collective, nous nous tenons sur le point de nous séparer.


-"Je comprends pourquoi Sylvain me parlait ainsi de vos rendez-vous." Sourit Nathan, les cheveux encore humide et le regard toujours flamboyant. "C'était un moment fabuleux. J'ai… adoré." Il tend une fois de plus la main et glisse ses doigts dans celle de Guillaume.

-"Oui, mais c'était exceptionnel. Ne compte pas trop recommencer." Dis-je en posant brusquement mon bras en travers de la poitrine de mon petit ami. "Guillaume est à moi. Je me le garde un point c'est tout."

Je lâche aussitôt l'intéressé après avoir proféré cette énormité. Guillaume a horreur d'être traité comme un objet et là, je viens clairement de me poser en propriétaire, jaloux de surcroît. Je vais me faire engueuler, j'y mettrais ma main au feu. Mais il ne dit rien. Quand je le regarde, mon amoureux garde dans un air d'inaltérable modestie les yeux baissés alors qu'un sourire lumineux irradie sur son visage.



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samedi 21 novembre 2009

Apocalypse : part I


Apocalypse


Dans la pénombre, je ne distingue que leur corps, succession de courbes souples qui se frôlent, se chevauchent et s'enchevêtrent. L'un d'eux a le nez dans les oreillers et offre sa croupe à un grand gars musclé dont le visage reste dans l'ombre tandis qu'il assène des coups de reins vigoureux au premier qui gémit de la voix mélodique qui m'est familière.

Quand Guillaume se redresse pour se mettre à quatre pattes, son partenaire frappe de sa paume une fesse rebondie dans un claquement retentissant. "T'es une bonne petite chienne toi, hein ?" lui lance-t-il d'un ton un peu âpre. Guillaume pousse un petit ricanement amusé et l'autre le saisit par les cheveux pour le ramener à lui. "Je vais te remplir de mon jus, tu vas aimer." Ajoute-t-il alors que la lumière oblique laisse deviner sur les lèvres du garçon que j'aime un sourire d'aise qui me poignarde.

L'inconnu renverse Guillaume sur le dos et, le creux de ses genoux sur les épaules, s'enfonce en lui en ahanant. Guillaume gémit et tout son corps se tend pour affronter les assaut de l'hercule qui en use sans délicatesse aucune. Cependant, les soupirs et les gémissements qui montent dans les aigus et éclatent à mes oreilles ne trahissent qu'un plaisir démesuré que la douleur ne fait que pimenter.

Finalement, quand dans un grognement bestial l'autre se lâche dans ses entrailles, Guillaume, les paupières closes, jouit dans une plainte inédite. Le calme revient un moment avant que le verdict ne tombe d'un murmure essoufflé "Ton petit cul est trop bon." Son propriétaire éclate de rire, ouvre les yeux et tourne la tête vers moi. L'éclat de son regard me transperce avec une cruauté impitoyable.


-"Mmmmoui ?" Sa voix est toute ensommeillée.

-"C'est moi."

-"Dju !" S'inquiète-t-il "Mais qu'est ce qu'il y a ? Quelle heure est-il ?"

-"Rien, rien." Dis-je, un peu honteux de le déranger pour si peu. "J'ai fait un mauvais rêve."

Son éclat de rire me parvient. Tellement plus pur et léger que dans mon cauchemar.

-"Mon pauvre amour… tu veux que je vienne te border ?"

-"Ce serait pas prudent je pense. Je peux venir te porter ton petit dèj' demain ?"

-"Mais avec plaisir. Tu es sûr que ça va ?"

-"Oui oui, pas de problème. J'avais juste besoin de t'entendre."

-"Bien."

-"Guillaume, je t'aime."

-"Moi aussi." Répond-il dans un autre petit rire. "Même à trois heures du matin. Même quand je dors."

Je raccroche après l'avoir embrassé une dernière fois et me remets au lit. Les yeux au plafond, dans le noir, je pense que demain, si j'arrive assez tôt, je pourrais le surprendre alors qu'il est encore au lit et ensuite… et bien je me débrouillerai bien pour lui ôter l'envie d'en sortir de la matinée.


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-"Hey, frangin ! Tu m'as jamais raconté votre première fois." M'interpelle Sylvain, affalé de tout son long sur les oreillers alors que j'entre dans la chambre avec une bouteille de vin et les verres adéquats. "C'était comment ?"

-"Si on te le demande, tu répondras que tu n'en sais rien." Je réponds, un peu décontenancé par sa question.

-"C'était trop dramatique pour qu'on en parle après l'amour." Sourit Guillaume en s'approchant de moi.

Je lui sers son verre accompagné d'un regard noir qui ne l'intimide pas plus que ça. Il trempe les lèvres dans son vin et me les tend, encore humides. Il sourit quand ma bouche touche la sienne.

Sylvain tend la main. Dans son intention, il me fait penser à un Bacchus du Caravage avec son corps épanoui que j'ai vu de si près que ma peau garde le souvenir de la sienne. Plus ramassé et plus musclé que le mien, il plaît à Guillaume à cause de ce je-ne-sais-quoi de barbare qu'il dégage. Il faut dire qu'il est blond, lui aussi.

-"Allez, soit pas gêné." Contre-attaque mon cadet en attrapant son verre. "Je sais bien que j'ai pas été terrible la première fois non plus."

-"Tu as été pitoyable, la première fois." Intervient Guillaume en passant un bras autour de ma taille. "Ton frère a été catastrophique, archinuance."

Je hausse les épaules à l'évocation de cet épisode. Le souffle de Guillaume dans mon cou, la chaleur de sa peau dans mon dos et ses doigts qui flattent ma hanche ravivent déjà mon désir. Bon sang, on vient de faire l'amour avec notre enthousiasme habituel et je me sens déjà en train de rebander.

-"Allez, vas-y, raconte !" me souffle mon amant à l'oreille. "Tu sais que moi je serai de parti pris."

-"On avait juste une idée assez floue de ce qu'on était censés faire." Dis-je après un instant d'hésitation. "J'ai mis un doigt, j'ai chipoté et puis j'ai cru que c'était bon." Guillaume pouffe dans mon dos avant de se détacher de moi pour aller s'installer en tailleur sur le lit et d'y siroter son verre. Je poursuis. "Evidement, c'est pas passé. Alors on a essayé de lubrifier avec ce qu'on avait sous la main. J'avais vaguement entendu parler de beurre. On a essayé du savon, de l'huile d'olive…"

Sylvain s'esclaffe.

-"Mais tu es un vrai psychopathe ! Et tu l'as laissé faire ?" Demande-t-il en se tournant vers son voisin de matelas.

-"Oui." Répond ce dernier dans un sourire sardonique. "J'en savais pas plus que lui. On a cherché à deux."

-"Et tu as pensé quoi après la première fois ?"

Guillaume secoue la tête en souriant et pose son verre avant de couler un regard de moi à mon frère.

-"J'en sais rien. On a recommencé pas mal de fois après celle-là. Et on a fait pas mal de progrès."

Sylvain se redresse et d'un mouvement coulé s'approche de mon amoureux.

-"On arrête pas les progrès." Lance-t-il avant de l'embrasser, lui intimant de s'allonger.

Guillaume se laisse faire et Sylvain, la bite déjà raide s'installe entre ses cuisses.

Je le laisse faire en me mordant la lèvre. Ca fait partie de nos conventions, mais j'en ai aussi un peu marre que ce jeune sauvage se permette de monter ainsi sans façon MON petit ami. Ou est-ce que je déteste voir Guillaume prendre tant de plaisir entre les bras de quelqu'un qui l'aime moins que moi ?

Peu importe. Il faut que ça cesse.


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-"Voilà, c'est fait !"

Guillaume me jette un coup d'oeil étonné alors que je pose le grand sac de voyage à mes pieds.

-"Quoi donc ?" M'interroge-t-il avec légèreté.

-"J'ai tout lâché à mes parents pour toi et moi. Ce qu'on fait tous les deux depuis des années. Pourquoi on reste ensemble. La vérité, quoi."

Je ne m'attendais pas à des manifestations d'un enthousiasme débordant, mais la fixité de son regard alors qu'il reste bouche bée a quelque chose d'embarrassant.

-"Et ?" Se reprend-il enfin. "Ils l'ont pris comment ?"

Je shoote légèrement dans mon sac en haussant les épaules.

-"Ben, tu vois ! Comme il fallait s'y attendre. Je viens vivre ici si tu veux bien. C'est pas comme s'ils me laissaient le choix."

La pâleur s'accentue sur le visage de mon interlocuteur. Il se lève, s'approche de moi et me serre dans ses bras dans un geste à la fois protecteur et consolateur.

-"Qu'est-ce qu'on va faire ?"

Je lève les bras avant de les laisser retomber dans un geste d'impuissance.

-"Je vais essayer de me dégoter un job avant de trouver un arrangement avec mes vieux au sujet des frais d'étude. Ils n'ont pas d'arguments recevables pour me refuser une aide financière."

Guillaume réfléchit une seconde avant de secouer la tête.

-"Non, on va rien leur demander. On va trouver du boulot et on va s'en sortir tout seul."

-"Je veux pas que tu changes quoique ce soit à cause de moi. C'est mon problème, c'est moi qui gère."

Mon amoureux sourit, un peu tristement.

-"Mon pauvre chéri tu sous-estimes la participation financière de tes parents à notre train de vie. Maintenant on est dans la même galère, on va ramer à deux."

Je l'enlace pour le sentir au plus près de moi.

-"Tu es tout ce dont j'ai besoin."

-"Bienvenue dans ton nouveau chez toi."

-"Merci."

J'embrasse l'arête de sa mâchoire, le lobe de son oreille.

-"Pourquoi tu as fait ça ?" Me chuchote Guillaume.

Je hausse une fois de plus les épaules.

-"J'en sais rien. Pour être avec toi sans doute."

Il se presse contre moi, la tête dans mon cou. Je resserre mon étreinte et la conscience de son corps m'étourdit d'une bouffée de désir.

Ce moment est d'une fugacité absolue car c'est à cet instant que le portable de mon amant se décide à vibrer. Guillaume se dégage et me laisse comprendre d'une grimace qu'il trouve le moment très mal choisi, mais un coup d'œil à l'écran le décide à décrocher.

Ce n'est pas vraiment une conversation qui fait suite à cette interruption, mais une espèce d'échange avant-gardiste entre un Guillaume qui tente une interjection de temps à autre et son interlocuteur qui ne le laisse pas en placer une.

Il finit par raccrocher et se tourne vers moi en rempochant son téléphone, une moue contrariée aux lèvres.

-"C'était ton frère." Me dit-il d'un ton las. "Il te fait savoir que tu as foutu sa vie en l'air et que s'il n'était pas surveillé comme un otage des FARC, il viendrait directement te faire la peau parce que c'est lui qui va payer les pots cassés.


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Je suis hyper à la bourre. Dire que c'est moi qui devais préparer le repas de ce soir et que je suis presque sûr que Guillaume est rentré avant moi.

Sur le palier du premier, une voix me coupe dans mon élan.

-"Vous vous rendez compte à quel point ce que vous nous avez fait est cruel ?"

La voix de Guillaume lui répond, calme et posée.

-"Je n'ai rien fait que Julien ait regretté."

-"Nous vous considérions comme un fils que nous avons reçu aux occasions purement familiales, que nous avons choyé parce que vos parents ne s'intéressent pas à vous. Et pour nous remercier, vous nous avez pris notre enfant."

-"Je ne vous ai rien pris."

-"Vous êtes un menteur et un traître. Je connais mes enfants. Je sais comment je les ai élevés. Julien est trop droit et sain pour se livrer à cette parodie à laquelle vous le forcer à jouer…"

-"Je…"

-"Laissez-moi terminer. Il suffit de vous regarder pour voir à quel point vous êtes malsain. Vous n'êtes qu'un monstre et votre seul plaisir a été de pervertir mon fils. Et vous savez pourquoi. Parce que vous n'êtes rien, pour personne."

Ca c'est trop. Je franchis les dernières marches en bondissant.

-"Quand Julien se rendra compte de ce que vous êtes, il vous quittera parce que…"

-"Ca suffit, maman ! Tais-toi !"

Surpris, ils tournent tous les deux la tête vers moi. Guillaume esquisse un air de soulagement, ma mère me fixe d'un regard avide.

-"Julien." Murmure-t-elle soudain. "Je suis venue pour que tu reviennes."

Son ton est si inhabituellement implorant que j'en reste abasourdi avant que ma méfiante réserve ne reprenne ses droits. Cette seconde d'inattention a suffit à me faire perdre l'avantage parce qu'elle reprend avec plus d'assurance.

-"On te pardonne, mon chéri. Mais il faut que tu rentres maintenant."

Je secoue la tête.

-"Je ne rentrerai pas."

-"Mais je te promets. On fera comme si rien ne s'était passé."

Je sens la colère me gagner.

-"C'est à moi de décider si il s'est passé quelque chose ou pas. Et si quelqu'un a quelque chose à pardonner ici, c'est moi."

Même si son regard reste un peu perdu, le plissement de ses lèvres trahit sa colère froide.

-"Julien, tu ne peux pas vivre ainsi. Ce n'est pas normal."

-"J'ai du mal à croire que c'est la psy qui parle, là."

Son regard se durcit.

-"C'est ta mère qui parle, Julien. Et cette comédie doit cesser."

-"Et bien va-t-en dans ce cas. Tu nous joues une scène superflue."

Une lueur glacée passe dans ses yeux et sa voix se fait encore plus tranchante quand elle se tourne vers Guillaume qui a suivi l'échange sans ouvrir la bouche.

-"Tout ça c'est votre faute. Jamais il n'oserait me parler sur ce ton si vous ne l'y aviez pas incité. Je vous maudis et je maudis le jour où…"

-"La ferme !" Ils sursautent alors que je hurle. "Ferme la ! Fiche le camp ! Disparaît !" Et comme elle ne bouge pas j'ajoute "Tu entends ? Disparaît. Hors de ma vue !" J'aimerais l'empoigner, la jeter dans l'escalier, l'envie m'en démange et me fait trembler. Mais elle ne bouge toujours pas. Je vais chercher plus loin encore. "Sors de ma vie. Tu n'existes déjà plus pour moi."

J'ai trouvé la bonne formule. Elle aspire une grande bouffée d'air avant de se décider à s'en aller. Quand elle passe à ma hauteur, je crois distinguer des larmes mais le violent claquement de la porte me renseigne bien vite sur leur origine. De la rage contenue. Celle d'avoir été défaite. Une colère qu'elle ne devait plus avoir connue depuis des années au cours desquelles mon père, Sylvain et moi nous étions plié à sa volonté innommée mais bien pesante. Tout devenait clair d'un coup.

Je reste un temps à écouter l'écho de cette rupture définitive avant de revenir à ce qui compte.

-"Je suis désolé."

Il se retourne vers moi avec aux lèvres un sourire d'une mélancolie qui me fait mal.

-"C'est moi qui suis désolé, Dju."

-"Pourquoi donc ? Ose encore me dire que ma mère m'aime pour ce que je suis."

-"C'est plutôt moi qu'elle n'aime pas."

-"Ah ça… Elle a été grandiose pour te le faire sentir, hein ? Je ne me souviens même plus l'avoir entendue te vouvoyer avant."

Une ébauche de sourire éclot au coin de ses lèvres, je lui fais signe d'entrer de la tête.

L'esclandre qui vient d'avoir lieu, si elle n'a pas atteint son but initial a ébranlé la sérénité que j'essayais de maintenir malgré les difficultés de la situation dans laquelle mon coup de tête nous a précipité. Dans l'obscurité de notre petit appartement, je sens une boule me remonter dans la gorge.

-"Je suppose que le dîner n'est pas prêt." Constate mon compagnon d'un ton neutre.

-"Gyo, qu'est-ce qu'on va faire ?"

-"J'en sais rien. Je n'ai pas fais les courses. Je suppose qu'on a rien au frigo."

Je soupire.

-"Non, Guillaume. Je parlais de tout. De quoi va-t-on vivre ?"

-"Je vais demander à augmenter ma charge horaire à la rentrée. Et puis toi tu trouveras bien un boulot."

-"Et sinon ?"

Guillaume se rapproche de moi dans l'obscurité. Il est tellement proche que le souffle de sa réponse glisse sur ma peau.

-"Dju, on est pas sans ressource. Ca risque d'être moins confortable qu'avant, mais on ne va pas finir dans le caniveau, hein !"

Il passe ses bras autour de mou cou et attire ma tête sur son épaule. J'aime quand il se fait si rassurant.

-"C'était si facile avant. J'ai tout gâché."

Les doigts de Guillaume passe dans mes cheveux.

-"Tu n'as rien gâché du tout. Tout est clair pour tout le monde maintenant. On a plus rien à cacher. Et ça, ça n'a pas de prix." Il se détache de moi et m'embrasse subrepticement. "Et si il faut vivre quelques temps d'amour et d'eau fraiche, on attendra que ça passe."

Je l'enlace à nouveau. J'aime ce garçon, il est tout ce que je ne suis pas. Tout ce dont j'ai besoin. Nous restons l'un contre l'autre pendant un long moment et puis, doucement, ma main se fraye un chemin entre les couches de vêtement jusqu'à la peau douce du creux de ses reins.

-"D'amour et d'eau fraiche, hein ?"

Mes doigts doivent être froid car il sursaute.

-"Dju, qu'est-ce que tu fais ?" Glousse-t-il en essayant d'échapper à la caresse glacée de ma main.

-"Je fais chauffer le repas." Lui dis-je en faisant franchir à ma dextre la frontière de son jeans.

jeudi 19 novembre 2009

Klixte est hard(drive)

Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

(et oui, moi aussi je peux faire des cita

tions autant bibliques qu'invraisemblables quand je veux. Je ne suis pas moins cultivé que mes deux acolytes.)


Mais que me vaut cet accès d'enthousiasme presque mystique me demanderez-vous.


C'est très simple.


Que celui qui n'a jamais vu son disque dur se crasher me jette la première disquette (que pourrait-on faire d'autre avec de toutes façons ?)

Jusqu'ici, je ne m'étais jamais décidé à acheter un disque externe pour y sauvegarder ma pinacothèque digitale, ce genre d'objet souffrant en général d'une esthétique mutante entre une maison du peuple issue du Bauhaus et le casque de Dark Vador.


Pendant longtemps, j'ai caressé l'espoir qu'un empereur du style se penche sur le cas de l'engin et lui confère une enveloppe dont je n'aurais pas à rougir si des invités le découvraient négligemment posé sur mon bureau.

Je m'étais résigné à ce que cette utopie en reste une.


Et puis le voilà qui est venu.



Que dire de plus ? Alléluia !!!