
Guillaume franchi la porte de notre logis le souffle court, les joues en feu. Dans son regard on ne peut lire qu'une question désespérée.
-"Ils sont arrivés ?"
J'ai spécialement déplacé le canapé, juste pour pouvoir profiter de son entrée. Je souris d'une manière que j'espère impavide.
-"Accompagnés d'un petit commentaire manuscrit si tu veux savoir. La fac nous gâte."
-"Et alors ?"
Je ne devrais pas jouer ainsi avec les nerfs déjà à vif de mon petit ami. Mais c'est plus fort que moi. Je hausse les épaules.
-"J'ai la mienne… mais vraiment tout juste. Enfin… on s'en doutait un peu, hein !"
Une lueur de déception passe dans ses yeux. Mais il se ressaisit immédiatement.
-"Félicitations, Amour. C'est pas comme si on avait pas bossé pour l'avoir cette spécialisation."
-"Et toi tu as la tienne. Mais haut la main, à la différence de moi. En fait tu as même une proposition de débauchage. Mais il paraît qu'il faut que ça reste discret."
Guillaume bondit sur moi et m'embrasse avec frénésie. C'était prévisible, quand il se sent ainsi valorisé, mon timide amant oublie son habituelle discrétion pour se révéler brillant, mais aussi décomplexé et d'une sensualité torride. Je compte bien en profiter dans quelques instants. J'attrape la bouteille de champagne qui n'attendait que cela pour sortir de derrière le divan et commence à verser le vin dans les verres. Mais ce sont de très loin les yeux de Guillaume qui sont les plus pétillants.
-"Oh Dju, on ne devrait pas ?"
-"On peut bien se permettre un extra. C'est pas comme si j'avais pas vu mon contrat renouvelé."
-"C'est vrai ?" S'enthousiasme mon compagnon en s'emparant de sa coupe. "Alors à la tienne." Poursuit-il en la faisant tinter contre la mienne avant de la descendre cul sec.
Je l'imite.
-"L'été s'annonce bien meilleur que cet hiver. Je te ressers ?"
Mais je lis dans ses yeux qu'il pense déjà à tout autre chose.
Du canapé au lit, il n'y a ici que quelques pas que nous franchissons en balisant le trajet de nos vêtements entortillés. Après ces semaines d'une quasi abstinence imposée par la surcharge de nos emplois du temps, le corps de Guillaume m'apparaît aussi délectable qu'un fruit mûr à un anachorète. J'hésite… j'ai envie de le prendre là, sans préliminaires superflu. Il nous restera encore des heures ensuite pour faire l'amour avec raffinements.
Mais une voix derrière nous m'interrompt dans mon élan.
-"Ah ben tu vois ! Je t'avais dit qu'on aurait du se dépêcher."
Je me retourne. Guillaume se redresse. Une bouteille à la main Sylvain nous observe avec sa moue blasée.
-"Mais comment t'es entré ?"
Il me dévisage une seconde avant de lever les yeux au ciel.
-"Mais réfléchis, banane. Maman m'a obligé à changer de téléphone, mais elle n'imaginait même pas que je pouvais avoir une clé de l'appart de Guillaume."
Je me retourne vers le garçon dont il est question.
-"Tu lui avais filé une clé de chez toi ?"
Mon amoureux sourit d'un air particulièrement niais.
-"Ben… comme à toi." Il quitte le lit et va étreindre notre visiteur avec une tendresse qui me semble maintenant toute naturelle. A moi aussi il a manqué, ce petit con.
-"Je suis tellement content de te voir." Murmure Guillaume.
-"Ah, au fait." Reprend mon frère. "Je vous présente Nathan." Dit-il en désignant un point par dessus son épaule.
Légèrement en retrait dans le living, un autre jeune garçon se tient les mains dans les poches, nous lançant de temps à autre un regard furtif et embarrassé. "Hello." Nous fait-il d'un petit geste de la main. Guillaume me lance un regard désespéré. Il est pivoine. Je me sens rougir également.
-"Putain ! Tu pourrais prévenir quand même."
Je m'emporte, mais Sylvain lance avec désinvolture.
-"T'inquiète, je lui ai déjà parlé de vous tellement souvent que je sais pas s'il imaginait vous trouver autrement. Cela dit." Il lève sa bouteille à hauteur du visage. "On est pas frangins pour rien. J'ai pensé à la même que celle que vous avez déjà entamée. Moi aussi j'ai des choses à fêter."
-"Tu peux fermer la porte et nous laisser le temps de nous rhabiller." Lui demande faiblement mon amant dont les oreilles paraissent sur le point d'éclater.
Notre visiteur s'exécute en riant.
Quand Guillaume nous rejoint après avoir enfilé un nouveau tee-shirt (j'ai envoyé l'autre sous un meuble d'un coup de pied que j'espère discret), nous pouvons nous consacrer à de vraies retrouvailles.
-"Comment tu as fait pour pouvoir venir ?"
Sylvain hausse les épaules.
-"J'ai été proclamé ce matin. J'ai obtenue la plus grande distinction. Les vieux étaient tellement béats qu'ils n'ont pas osé refuser quand je leur ai dit que je sortais fêter ça avec des copains. Et donc," Poursuit-il. "Voilà Nathan. C'est mon copain." Annonce-t-il en insistant sur le pronom possessif. "Et voilà mon frère Julien et son amoureux, Guillaume." Complète-t-il à l'adresse de son boyfriend.
Tout le monde se salue gentiment.
-"Et vous vous êtes rencontrés comment ?" S'enquiert mon amoureux en s'adressant au nouveau qui le dévore de ses yeux verts olivine.
-"Un site de rencontre." Répond-il. "On s'est trouvé un peu con quand on s'est rendu compte qu'on était dans le même bahut. Mais il faut bien avouer que ça facilite les choses."
Guillaume sourit. Sans doute au souvenir de toutes ces choses qui nous étaient si faciles aussi. Mais c'est à mon tour de poser une question.
-"Et les parents ?"
Sylvain intervient, un sourire démoniaque aux lèvres.
-"Dans le cas qui nous occupe, on a plutôt inversé les rôles par rapport à vous. C'est moi qui vais chez Nathan. Sauf que, lui, ses parents sont cools. Je leur ai raconté comment ça s'était passé avec toi et ils nous couvrent Nathan et moi." Il glisse un regard complice à ce dernier qui le lui rend de sous la longue mèche lisse et cuivrée qui lui barre le visage. "De toute façon, tout ce qui intéresse maman, c'est que je ne sois jamais seul avec une garçon quelque part." Et il conclut sur un grand éclat de rire avant de reprendre. "Bon, c'est pas tout ça, mais vous aussi vous avez de la réussite à fêter, non ?"
Il me surprend.
-"Comment tu le sais ?"
Mon frangin hausse une fois de plus les épaules.
-"Papa, évidemment. Tu crois qu'il te laisserait complètement tomber ?"
Un peu troublé par cette réponse, j'interromps Sylvain en attrapant la bouteille de champagne.
-"Et bien buvons à toutes ces bonnes nouvelles."
-"Et soyons sans sagesse." Complète Nathan qui, après avoir dévoré mon petit ami du regard, me dévisage maintenant avec insistance. Je distribue les verres autour de moi et nous restons un instant silencieux, les lèvres dans les bulles.
-"Je suis heureux que tu sois venu." Déclare doucement Guillaume à mon petit frère. "Que vous soyez venu tous les deux. Ca faisait tellement longtemps."
Sylvain prend un air que je lui connais bien.
-"Nathan et moi on avait envie de fêter l'événement de manière spéciale. Et Nathan avait très envie de le faire avec vous." Avoue Sylvain en remplissant les verres d'un air presque détaché.
-"Pardon ?" S'étrangle mon amant qui rougit, à moins que ce ne soit simplement l'effet du champagne.
-"Je lui ai raconté pour nous trois." Explique patiemment son interlocuteur. "C'étaient des chouette moments. J'ai envie de revivre ça et de les partager avec lui."
-"Mais c'est assez intime." Balbutie Guillaume.
-"T'inquiète pas pour ça." Intervient Nathan qui jusqu'ici suivait la scène de dessous sa mèche, un sourire en coin aux lèvres. "Sylvain et moi on a déjà fait nos petites expériences à deux. On a juste envie d'aller un peu plus loin avec des gens qu'on aime bien. Reprend un peu de champ'." Et visiblement satisfait de sa sortie enchaîne sur un tout autre sujet. L'atmosphère se détend et Guillaume sort de sa réserve.
Au bout d'un bon moment, après avoir observé les compagnons, je me penche sur l'épaule de mon amoureux.
-"J'en ai envie aussi."
Un sourire étire ses lèvres.
-"Et bien dans ce cas…"
Et posant sa flute sur la table basse, il s'approche d'un pas sûr de Nathan et l'enlace. Le copain de mon frère répond à l'invitation en approchant son visage et leur baiser est long et profond. Je jette un coup d'œil à Sylvain qui les observe, la mâchoire pendante et la respiration saccadée. La situation l'excite indéniablement. Mais je reporte bientôt mon regard sur les deux jeunes gens dont le baiser fougueux prend des allures de fouille corporelle.
-"Viens." Souffle Guillaume à son partenaire en lui prenant la main. Ils empruntent le chemin de notre chambre. Sylvain et moi les regardons disparaître sans réagir avant que mon frangin m'interpelle en haussant un sourcil.
-"On pourrait peut être les suivre, non ?"
Sur le lit, les deux garçons sont déjà nus, allongés tête bêche, ils se découvrent avec avidité. Je suis frappé par les similitudes de leurs deux corps. Nathan est aussi long et pâle que Guillaume, même si sa peau a un aspect plus diaphane encore et que ses épaules sont constellées de taches de rousseurs, ce sont les mêmes bras élancés qui enlacent, les mêmes jambes fuselées qui s'écartent et invitent, les mêmes doigts fins qui caressent et s'immiscent.
Guillaume semble être déchainé. D'une langue carmine, il explore le cul de son compagnon qui se cambre et mord voluptueusement ses lèvres minces. L'avidité de mon amant me fascine. Je repense aux quelques fois où nous avons échangé nos rôles respectifs avant d'y revenir faute de rencontrer la satisfaction que nous éprouvions habituellement. Guillaume me semblait fait pour s'offrir. Et pourtant c'est avec une grâce conquérante qu'il soumet à ses appétits inédit un Nathan totalement consentant aujourd'hui.
Dans un nouvel élan, Guillaume revient prendre les lèvres son partenaire. Son baiser s'accompagne des caresses intimes qui font geindre Nathan. Jusqu'où mon petit ami ira-t-il ainsi avec ce charmant adolescent déjà conquis ?
Comme les deux garçons reprennent un peu leur souffle, Nathan tourne la tête vers nous.
-"Vous n'allez pas rester habillé comme ça quand même."
Sylvain et moi nous regardons un peu hébétés. Les joues en feu, mon cadet entreprend de se débarrasser de ses vêtements. Il laisse glisser son jeans et son caleçon sur une érection déjà puissante. Mais il semble comme moi intimidé par le spectacle qui se déroule sous nos yeux brillants.
Guillaume a passé le préservatif que Nathan lui présentait et s'est installée entre les cuisses du damoiseau. La pénétration est lente et régulière, ponctuée par les soupirs pâmés de Nathan qui se laisse aller librement au plaisir qu'il prend. Guillaume doit savoir comment posséder un garçon. Il doit être expert dans la connaissance des plaisirs attendus. Pour l'instant, il noie ses yeux dans les étendues vertes de ceux du boyfriend de mon frère.
Je sursaute quand je sens des doigts se poser sur ma bite. Sylvain a tendu le bras et entreprend de me caresser. Nos regards se croisent, un peu flous, un peu hésitants puis mon frangin me désigne son bas ventre d'un mouvement du menton. J'avance ma main vers sa queue. Je ne l'ai jamais touchée auparavant. Elle est extrêmement tendue et vaguement courbée. Nous nous regardons encore un moment avant de détourner à nouveau notre attention sur le couple qui s'ébat à deux pas de nous et continuons à nous masturber. Nathan qui s'est redressé se laisse aller sans retenue et son partenaire tempère la crudité de ses expressions par des baisers humides.
Un liquide épais jailli tout d'un coup entre mes doigts. Je regarde Sylvain qui le visage écarlate jure entre ses dents avant de m'envoyer un regard furibond. Les deux autres n'ont rien remarqué et se sont contentés de s'allonger à nouveau. Les ongles de Nathan griffent la peau Guillaume qui répond par des coups de reins de plus en plus secs. Quand il finit par jouir, un rictus de triomphe se dessine sur le visage empourpré de son partenaire.
Mon amoureux offre sa bouche à la langue qui darde entre les lèvres de Nathan. L'embrassade est longue et se mue tout doucement en un parcours qui conduit Guillaume entre les cuisses de son compagnon. Il se cambre pour rester sur le lit et offre ainsi la vue d'une croupe des plus avenante.
-"Merde, c'est mon tour." S'exclame Sylvain qui s'élance pour goûter au fessier ainsi présenté.
Nathan ouvre un œil et tend le bras dans ma direction. La main ouverte, les doigts légèrement repliés, l'invite est trop tentante alors qu'il me sourit d'un air espiègle. Et je m'avance vers le lit pour prendre cette bouche si finement ciselée qui a déjà goûté aux baisers du garçon que j'aime.
Quelques heures passent ainsi dans une espèce de ballet où les partenaires s'offrent et se dérobent à tour de rôle, tentant toutes les figures que la fantaisie érotique peut inventer, ou presque. Mais pendant tous nos ébats, quelque soit leur rôle ou leur amant, Nathan et Guillaume laisseront se distiller la curieuse alchimie qui s'est nouée entre eux dès le départ, ne se quittant que très rarement du bout des doigts ou du regard. Cette charmante bacchanale prend fin et après un ludique douche collective, nous nous tenons sur le point de nous séparer.
-"Je comprends pourquoi Sylvain me parlait ainsi de vos rendez-vous." Sourit Nathan, les cheveux encore humide et le regard toujours flamboyant. "C'était un moment fabuleux. J'ai… adoré." Il tend une fois de plus la main et glisse ses doigts dans celle de Guillaume.
-"Oui, mais c'était exceptionnel. Ne compte pas trop recommencer." Dis-je en posant brusquement mon bras en travers de la poitrine de mon petit ami. "Guillaume est à moi. Je me le garde un point c'est tout."
Je lâche aussitôt l'intéressé après avoir proféré cette énormité. Guillaume a horreur d'être traité comme un objet et là, je viens clairement de me poser en propriétaire, jaloux de surcroît. Je vais me faire engueuler, j'y mettrais ma main au feu. Mais il ne dit rien. Quand je le regarde, mon amoureux garde dans un air d'inaltérable modestie les yeux baissés alors qu'un sourire lumineux irradie sur son visage.
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